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JUSTICE
Bensaïd livre un début de réponse

Depuis deux jours que les victimes se pressent à la barre, elles posent toutes la même question " Pourquoi avez-vous fait cela ? ". Pour eux, elle est d'ailleurs la seule qui importe. Jusqu'à présent, Bensaïd ne leur a opposé qu'un silence provocateur et insolent. Pourtant, sous la pression de deux témoins ainsi que du président du tribunal, l'accusé a laissé filtrer un élément de réponse en affirmant que les attentats parisiens de 1995 étaient "la suite d'une guerre".


mercredi 16 octobre 2002

Rachid Allaoui

Mis en ligne le : 04/11/2002

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Un témoin
 
"Je ne me sens plus coupable, mais victime. J'ai eu la lâcheté de vouloir partir de cette vie. Mais quand on m'a demandé pourquoi, j'ai su répondre. Vous, vous ne voulez rien dire!"

 

Même s'ils supportent difficilement les interrogations de leurs victimes, les deux hommes présents dans le box ont du aujourd'hui encore, les affronter avant qu'elles ne cèdent la place aux conclusions présentées par les médecins légistes.
Outre, les témoignages vibrants et dignes, cette journée du mercredi 16 octobre a été marquée une fois de plus, par l'insolence et le mépris de Boualem Bensaïd qui a du être expulsé de la salle d'audience par le Président Jean-Pierre Getti.

Boualem Bensaïd ne supporte plus les victimes

Les témoignages se sont encore succédés devant les magistrats de la Cour d'Assises Spéciale, comme celui de ce père qui encore aujourd'hui, " n'arrive pas à expliquer à [ses] deux enfants pourquoi leur maman a été tuée ".
Les victimes sont nombreuses à raconter ce mal-être et à dire leur volonté d'en finir avec la vie : " J'ai eu envie de finir le travail de mon bourreau. " dira l'une.
Une autre jeune femme est venue confier à la barre son "immense fêlure à l'intérieur " et ce sentiment de culpabilité qu'elle traîne derrière elle comme un boulet et qui l'empêche de vivre. Parce que Karine se sent coupable d'avoir survécu, de n'avoir pas assez secouru les autres. Et elle ne supporte plus cette date anniversaire. Alors, elle raconte aussi cette envie de suicide qui revient régulièrement : " Le 25 juillet 2001, j'ai eu l'idée d'en finir avec cette vie trop pesante. Mais ce n'était pas mon heure : un ami s'est aperçu de mon comportement trop joyeux et m'a empêchée de faire cette bêtise. "
Elle se tourne alors vers les accusés : " Je ne me sens plus coupable, mais victime. Je suis très heureuse de ne pas vous avoir offert ma vie sur un plateau d'argent, de ne pas être devenue la neuvième victime de l'attentat. J'ai eu la lâcheté de vouloir partir de cette vie. Mais quand on m'a demandé pourquoi, j'ai su répondre. Vous, vous ne voulez rien dire".
Boualem Bensaïd ne lui répond pas mais il dissimule de plus en plus difficilement son agacement. Les témoignage des victimes l'insupportent et cela se voit nettement!
Une autre femme s'adresse à lui. Elle a du supporter de nombreuses séances de rééducation pour parvenir à remarcher. "Souvent, j'ai eu envie d'en finir" explique-t-elle avant de lui poser la même question : pourquoi ?
- "Quelles sont les valeurs que vous défendez en tant que musulman ?", demande-t-elle à Bensaïd.
- " Ce n'est pas à moi de vous expliquer. Il faut aller dans les mosquées, ils vous diront ! ", lui répond-il visiblement énervé.
- " Je connais des musulmans lui lance-t-elle Je connais leurs valeurs. Mais vous, quelles sont vos valeurs ?"
- "Je suis musulman. C'est tout" lui rétorque Bensaïd qui souhaite en finir .
Mais le président Getti intervient :
- "Pourquoi tout ça en 1995, Monsieur Bensaïd ?" lui demande-t-il.
Alors cette fois, pour Bensaïd, c'en est trop et il perd tout contrôle : " C'est à la suite d'une guerre en Algérie, il y a eu 250 000 morts qui ne peuvent pas venir pleurer ici ! " répondra-t-il sur un ton agressif.
La salle est indignée. "Sortez Monsieur Bensaïd" lui intimera le Président. Expulsé pendant 10 minutes, il aura fourni un élément de réponse mais malheureusement, n'en dira pas davantage. Ainsi, il ne dira rien des raisons qui ont conduit le GIA à exporter sa guerre en France.
Pendant son absence, c'est un autre musulman qui viendra témoigner de sa vie brisée, de sa honte à quitter l'hôpital avec sur le dos, ses vêtements encore tout " tâchés de sang ".
"Dieu n'a pas dit de tuer quelqu'un. Ces gens, ils ont détourné la parole de Dieu. L'islam ne tue pas. Il respecte toutes les religions. Je suis victime en quelque sorte, deux fois de cet amalgame".
Dommage, que Bensaïd ait été absent lors de la venue d'Amar à la barre !

La " face cachée " des attentats

Puis, les magistrats ont ensuite entendu les experts qui ont présenté une description scientifique mais bien froide, des blessures physiques présentées par les victimes de l'attentat de Saint-Michel.
Le Dr Dominique Lecomte, médecin légiste a exposé devant la cour, ses conclusions sur les huit décès constatés après l'explosion du 25 juillet 1995.
Puis, c'est au tour du Dr Michel Chanzy de présenter son rapport concernant les blessures des survivants : fractures, arrachements, perforations thoraciques…
Une longue liste de traumatismes multiples, de membres amputés, de brûlures graves, de tympans perforés…
Mais souligne-t-il "ces blessures ne sont que la face émergée de l'iceberg, de ce que ces personnes ont subi". Il y a des traumatismes qui ne se voient pas et le chirurgien parlera également des traces psychologiques qui restent très importantes : " La face cachée est celle qui n'est pas mesurable " expliquera-t-il, parce que " Le mal-être n'est pas le même que la souffrance exprimée après un accident privé " souligne-t-il. " Je ne suis pas sûr que, pour elles, les douleurs physiques passent au premier plan " ajoutera-t-il, avant de conclure sa déposition.

Ces deux jours d'audition de victimes si, ils ont sans doute permis de libérer la parole et d'exprimer des douleurs tenaces et inconsolables, n'ont cependant pas touché Boualem Bensaïd. Ni les larmes, ni l'émotion toujours palpables ne sont parvenues à le sortir de son silence et n'ont pas empêché son arrogance et son insolence. Et lorsqu'il daignera prendra la parole, jamais sa voix ne tremblera! Bensaïd n'était pas là pour évoquer " l'émotionnel mais le juridique "
Le malheur d'autrui le laissera bien impassible et ce fut bien le seul !

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