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JUSTICE
Roger Marion : un témoin tant attendu.

Deuxième jour d'audience mercredi 2 octobre.


mercredi 2 octobre 2002.

Rachid Halloui

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Aujourd'hui cité par l'accusation, le " super flic " doit venir expliquer à la cour comment les enquêteurs sont parvenus à remonter jusqu'aux accusés.

 

Après une première journée fastidieuse, le véritable débat sur le fond débute aujourd'hui avec la comparution de Roger Marion, l'ex-chef de la Division nationale de lutte contre le terrorisme (DNAT).
L'audience débute par un incident. Comme à leur habitude, les deux accusés refusent de se lever lors de l'entrée de la Cour. Le Président s'énerve.
"C'est à cause de notre croyance. On ne se lève que devant Dieu. Ne le prenez pas mal." explique Boualem Bensaïd. "Si, je le prends mal" répond le Président, évoquant même un outrage à la cour.
Une longue journée dont on retiendra avant tout, les lourds silences amnésiques de Roger Marion et le bien triste dérapage verbal de Ben Saïd.

Roger Marion sur la sellette.

Aujourd'hui numéro deux de la police judiciaire, Roger Marion était à l'époque des faits, le chef de la police antiterroriste. C'est lui qui a permis le démantèlement en 1995, des réseaux du GIA en France et qui a mis un terme définitif à la campagne d'attentat, répètera-t-il à la barre.

Les avocats des deux accusés et Roger Marion se connaissent déjà . Ils se sont rencontrés lors de précédents procès. Le patron de la DNAT avait alors démenti les allégations de Boualem Bensaïd selon lesquelles, ce dernier serait passé aux aveux lors de sa garde à vue, suite aux brutalités policières dont il aurait été victime.

Aujourd'hui cité par l'accusation, le " super flic " doit venir expliquer à la cour comment les enquêteurs sont parvenus à remonter jusqu'aux accusés. Son témoignage était très attendu et il débute en tout début d'après-midi.
Dans un premier temps, Roger Marion s'exécute de bonne grâce et il est très écouté, pendant qu'il raconte à la barre et avec beaucoup de détails, la longue traque qui a conduit à l'identification de Boualem Bensaïd, de Smaïn Aït Ali Belkacem, d'Ali Touchent et des autres. "Vous avez ainsi le réseau reconstitué, voilà ce que j'avais à dire" conclut-il en voulant mettre fin à son interrogatoire.

Mais l'ambiance va soudainement se tendre. Roger Marion n'aime pas vraiment qu'on lui pose des questions. Ainsi, il va devenir cassant lorsque la défense évoque ses relations avec les Renseignements Généraux et la DST qui travaillaient eux aussi sur le dossier des attentats et il va franchement s'énerver lorsque les avocats des deux accusés évoqueront l'itinéraire " particulier " d'Ali Touchent.
Pendant plus de deux heures, les avocats ne l'interrogeront nullement sur l'enquête, ni sur les éléments à charge du dossier de leurs clients. Ils vont préférer concentrer leurs questions sur un autre grand absent de ce procès :
Ali Touchent dit " Tarek ", mort en Algérie en 1997. La défense suspecte la DST de l'avoir employé pendant un temps puis de l'avoir protégé.

Ils disent vouloir comprendre pourquoi cet homme, chef du réseau du GIA en Europe, identifié deux ans avant les attentats de 1995 n'a jamais été arrêté et a toujours échappé miraculeusement au coup de filet de la police. Roger Marion élude ou balaye de la main les demandes de précisions. Il refusera même de donner le nom du patron de la DST :
"je n'ai pas mon annuaire sur moi" répond-il. Plutôt que de s'expliquer, il préfère se défausser sur les autres services. Son mutisme finit par irriter la cour qui pense que l'homme essaie de lui cacher quelque chose. La défense demande alors au Président de la cour, Jean-Pierre Getti, l'audition comme témoin de Philippe Parant, qui était en 1993, le patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Les avocats sont satisfaits, ils ont marqué des points. Mais leur plaisir sera de courte durée.

Le dérapage de Boualem Bensaïd.

Après une suspension de séance, accordée pour le temps de prière de Boualem Bensaïd, un vif embarras succèdera à la satisfaction affichée.
En effet, Boualem Bensaïd va prendre la parole : lui aussi, il a des questions à poser à Roger Marion. "Est-ce que vous avez une preuve contre moi pour l'attentat de Saint-Michel ? Question simple et précise, je veux une réponse simple", lance-t-il.

Roger Marion lui répond qu'il appartient aux sept magistrats de la cour d'assises spéciale de décider si les "éléments de preuve" réunis pouvaient amener sa condamnation.
Mais soudain l'Algérien dérape et évoque "les gens qui sont ici, qui se disent victimes d'un attentat". La salle est indignée. L'avocat général, Gino Necchi, se lève vivement et l'interrompt :
"Vous êtes des victimes et on n'a pas le droit de dire ici que, vous vous dites victimes, sinon c'est un préjudice de plus qui vous est porté." gronde-t-il en se retournant vers les parties civiles. Dans le camp de la défense, on est visiblement gêné. L'avocat de M.Ben Saïd lui demande de présenter des excuses. Il va s'exécuter mais ne pourra s'empêcher d'en rajouter :
"Je m'excuse, je n'ai pas le niveau de mes avocats, je suis spontané. Mais s'il y a des extrémistes ici, c'est pas nous. C'est ceux qui veulent soumettre tout le monde à la République !". Deux femmes se lèvent précipitamment et quittent la salle en larmes. En une phrase, Boualem Ben Saïd vient de gâcher tout le travail de ses défenseurs.

Une fin de procès très pénible.

Le procès quant à lui, se poursuit dans une atmosphère très tendue que la suite des débats ne fera que renforcer.
Interrogés sur les faits, les deux accusés tergiversent, s'énervent, nient les aveux circonstanciés qu'ils ont passés au cours de l'instruction, coupent la parole. " Etiez-vous membre du GIA en 1995 ? " demande le Président ? "Je ne veux pas répondre à cette question. C'était dans le dossier sur l'association de malfaiteurs en 1999" répond-il de façon arrogante.

Au bout d'une demi-heure, les deux hommes finissent par admettre leur appartenance aux GIA. Mais pour Boualem Bensaïd, il n'est pas question ici d'extrémisme mais plutôt de combat, à l'image de ce que furent les résistants français pendant la guerre: "En 1995, j'étais plus qu'un membre du GIA, j'étais un combattant, un résistant. J'étais pour ma cause à mort. J'étais prêt à mourir pour Allah. J'ai payé pour ça, j'ai pris dix ans. A l'époque, celui qui faisait pas partie d'un groupe musulman était un lâche, un soutien de la junte militaire". A son tour, Belkacem reconnaît son adhésion au GIA, après l'interdiction du FIS (Front islamique du salut) en Algérie en mars 1992, mais uniquement pour faire du trafic d'armes en Europe au profit des maquis algériens. " Etiez-vous un sympathisant actif ?", lui demande le président. "Oui. Mais je parle à l'époque seulement. Pas maintenant. Et ce n'était pas mon intention de faire des attentats", précise-t-il.

Cependant, tous deux persistent à nier avoir participé aux attentats en France, et expliquent qu'ils n'étaient pas sous les ordres de Djamel Zitouni ni d'Ali Touchent, comme ils l'avaient pourtant déclaré à l'instruction.
A la sortie de l'audience, Françoise Rudetski était très satisfaite que les deux accusés aient reconnu leur appartenance au GIA en 1995. Par contre, pour la fondatrice de SOS Attentats, la confusion faite entre les résistants français et le terrorisme n'est pas acceptable parce que explique-t-elle au micro d'Europe 1 " Les français résistants n'ont pas exporté leurs combats mais se sont défendus sur un territoire qui était occupé. Le GIA a exporté sa guerre en France contre des populations civiles ".

Jeudi la cour entendra le témoignage de Gérard Masson, ex-capitaine de la police antiterroriste. Il devrait être question du GIA qui a revendiqué les attentats de 1995.

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