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Samedi 5 octobre 2002.
Var Idrissa
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LE TRAVAIL DE FOURMI DE LA CRIM.
Après trois jours concentrés presque exclusivement
sur Ali Touchent, cette journée d'audience a permis de recentrer les débats sur les deux
accusés présents dans le box.
Pendant cette journée, il est apparu que cinq ans après l'arrestation des auteurs
présumés des attentats de 1995, il n'existait aucune véritable preuve matérielle contre eux,
juste un faisceau de présomptions. Le témoignage d'un policier va révéler que la DNAT
n'a fait qu'un faible travail procédural sur les suspects incarcérés.
Après avoir découvert une empreinte de Kelkal, les hommes de Roger Marion vont
travailler plus précisément sur " l'association de malfaiteurs " afin de démanteler
le réseau. Mais une fois que les hommes seront arrêtés, ce n'est pas eux qui feront le
travail d'enquête consistant à examiner une à une les preuves matérielles pour pouvoir
imputer les actes de terrorisme à tel ou tel individu. Quand la DNAT clôture le dossier,
ce travail de fond n'est pas fait.
Les juges vont alors demander en 1999 un complément d'enquête à la section antiterroriste
de la brigade criminelle, la SAT dirigée à l'époque par Christophe Descoms, aujourd'hui
chef-adjoint de la brigade criminelle de la préfecture de police de Paris.
" En fait, on a refait l'enquête en exploitant à nouveau tous les scellés" déclare-t-il à la barre.
Il explique comment ses hommes ont repris à zéro " tout le travail " de la DNAT,
effectuant " un véritable travail de fond " .
Ils étudient les carnets de compte de Touchent et de Bensaïd qui montrent des réceptions
d'argent de Grande-Bretagne les veilles d'attentats ;
ils décryptent son carnet, décodent des " notes de repérages ", et comprennent
qu'il s'agit de repérages précis des lieux et du parcours des rames de RER. Grâce à cela, ils vont
pouvoir reconstituer " avec les mouchards des trains " les parcours des terroristes et surtout
ils vont demander des expertises techniques et vont faire " parler " le coupon de carte
orange de Belkacem qui prouve son trajet sur la ligne C du RER le 17 octobre 1995, et sa sortie à
la station Javel, quelques minutes avant l'explosion du Musée-d'Orsay.
Nous avons profité du travail fait par les autres services de police confirme-t-il
et le travail de fourmi de la CRIM va porter ses fruits.
En octobre 2000, Ali Belkacem est placé en garde à vue dans le cadre de l'attentat du RER
Saint-Michel. Il passe alors aux aveux mais sur l'attentat d'Orsay.
Christophe Descoms se souvient parfaitement de ses aveux, le 20 octobre 2000.
Entre les deux hommes, le courant était bien passé : " Je vous jure, j'ai pas fait Saint-Michel;
mais Orsay, c'est moi (…) Dans les yeux, il me l'a dit. Il y avait lui, il y avait moi.
Et il m'a expliqué l'attentat. " précise le commissaire.
Le policier raconte en détail ce qui s'est passé ce 17 octobre 1995 :
"Belkacem nous a expliqué que, ce matin-là, il se lève tôt, pendant que Touchent et Bensaïd dorment
dans leur appartement. Il prend la bombe, voyage sur le RER C jusqu'à Saint-Quentin,
fait demi-tour, déclenche l'engin, sort à Javel à l'heure corroborée par le ticket de métro,
fonce rue Félicien-David à l'appartement voir ce qui s'est passé, se branche sur Europe 1,
entend un flash sur l'explosion à Orsay, réveille Bensaïd et Touchent, dit : "Voilà j'ai réussi",
les autres disent : "C'est bien."
Le policier décrit Belkacem comme un homme complètement sous l'emprise de Ben Saïd et
de Touchent et qui " était comme soulagé d'avoir parlé.
Il s'est comporté comme beaucoup de criminels, qui sont soulagés après les aveux.
La parole était libre" précise-t-il en se tournant vers Belkacem qu'il prend à témoin.
Le policier ajoute :
"Je suis convaincu qu'il nous a dit la vérité, qu'il n'est arrivé à Paris qu'après
l'attentat de Saint-Michel. (...) Orsay, pour lui, c'est un rite initiatique"
Ce jour là, "Il est entré dans la catégorie des poseurs de bombe" affirme encore
le fonctionnaire de police.
Pour le commissaire, le mode opératoire est le même qu'à Saint-Michel et
"en comprenant Orsay, on va comprendre Saint-Michel et Maison Blanche ".
Et le policier de préciser : "En plus, il corrobore tout ce que nous avions imaginé
sur les autres enquêtes".
Dans le box, Ali Belkacem ne semble pas très à l'aise. Il tente de se justifier, si
j'ai avoué ce jour là, c'est parce que les policiers ont menacé ma famille.
Me Philippe Van der Meulen relaye son client et tente de déstabiliser le fonctionnaire de police :
il veut démontrer que les hommes de la SAT ont fait pression sur son client en menaçant
sa famille restée en Algérie.
Le commissaire Descoms, réfute et juge cette accusation "surréaliste et indécente"
car Ali Belkacem a répété la même chose devant le juge d'instruction.
Il rappelle que son avocat de l'époque, Me Franck Berton, avait publié après ses aveux,
un communiqué de presse dans lequel il expliquait que son client avait reconnu les faits et
qu'il souhaitait prendre ses responsabilités et "se rapprocher des victimes".
Me Philippe Van der Meulen commence à s'énerver. Il évoque une carte de visite qui aurait été remise
à son client lors de sa garde à vue et sur laquelle figurait un contact qui lui aurait permis
de faire protéger sa famille restée en Algérie.
Mais l'avocat reconnaît qu'il ne possède pas cette carte
et son argumentation fait l'effet d'un coup d'épée dans l'eau.
"C'est indécent pour les familles de parler
d'une chose pareille. On est en présence de quelqu'un qui a été envoyé en France
pour faire des attentats. Vous êtes en présence d'un poseur de bombes
qui a fait un attentat, qui l'a dit aux policiers, au juge, à son avocat, à la presse.
Notre travail, notre seule noblesse, c'est de mettre pour les victimes un visage
sur ceux qui leur ont fait du mal et ont tué leurs proches.
Nous n'avons pas d'intérêt à baser une procédure sur un témoignage pas crédible", affirme
le policier.
L'avocat continuant à débattre, l'avocat général Gino Necchi l'interrompt :
"Je souffre de ce niveau de débats. Les familles qui sont là attendent autre chose.
Elles attendent des faits, des indices, pas des effets de manche".
M.Descoms rappelle alors, toutes les preuves matérielles à charge y compris,
les empreintes de
Bensaïd trouvées sur un morceau d'adhésif entourant la bombe qui a
explosé à la station Maison Blanche, le fait qu'il ait été identifié avec
Ali Touchent sur photographies par le patron de la boutique où avait été achetée
la poudre noire qui a servi à l'attentat du RER Saint-Michel.
Le président de la cour, Jean-Pierre Getti, a de son côté longuement interrogé Boualem Bensaïd
sur les documents saisis à son domicile notamment des tickets de caisse pour
des achats effectués avant les attentats, les fonds envoyés de Londres par Rachid Ramda.
Le président a enfin signalé à Ali Belkacem que dans une conversation téléphonique
interceptée et enregistrée par la police, il exposait le 30 octobre 1995 à un certain "Mehdi",
pseudonyme supposé de Boualem Bensaïd, les problèmes pratiques rencontrés lors de la fabrication
d'un engin explosif. "Je ne connais pas Mehdi" a répondu Ali Belkacem.
Boualem Bensaïd a avancé pour sa part que la police avait fait de lui un bouc émissaire.
"Dans leur tête, les policiers se disaient, 'Tarek, c'était un gros, il est parti,
alors ils se sont dit que Bensaïd allait porter le chapeau", a-t-il affirmé.
Le président et l'avocat général Gino Necchi s'emportent contre les deux accusés.
"Nous cherchons la vérité. Notre décision devra être fondée sur ce que vous dites.
Alors, expliquez-vous ! Là-bas, ils ont besoin de la vérité" dit le président en
désignant les quelque 200 parties civiles qui remplissent chaque jour la salle d'audience.
LA DST NE SERA PAS CONVOQUÉE.
Le Président de la cour d'Assises n'a pas fait droit à la demande des avocat de Boualem Bensaïd
et d'Ali Belkacem qui souhaitaient que Philippe Parant,
l'ancien patron de la DST s'explique sur le cas d'Ali Touchent.
Jean-Pierre Getti a refusé vendredi cette audition.
Le magistrat a précisé qu'il ne jugeait la jugeait pas utile car
" la cour a été suffisamment informée par d'autres témoins sur le Groupe islamique armé (GIA)
qui a revendiqué les attentats " a-t-il expliqué.
Les avocats soupçonnent la DST d'avoir employé pendant un temps cet homme, qui serait mort
à Alger en 1997 après avoir échappé à la police française.
L'audience reprend lundi avec l'examen des conditions de garde à vue des deux accusés
en 1995 qui continuent d'affirmer avoir été " torturés " et contraints à avouer les faits.
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