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Dimanche 6 octobre 2002.
Francis Lemaire
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ALI TOUCHENT : AGENT DOUBLE?
Qui est vraiment Ali Touchent ?
C'est cette question qui empoisonne les premiers jours de l'audience du
procès des attentats de 1995.
Etait-il un émir des GIA ou bien un agent des services de renseignements algériens ?
La réponse à cette question est capitale car elle permettrait de déterminer les véritables
commanditaires du déclenchement des attentats de 1995.
Tous les enquêteurs voit dans cet homme le véritable responsable, l'organisateur présumé des
attentats islamistes. Après leur arrestation, certains membres du GIA, l'ont d'ailleurs
confirmé lors de leurs auditions.
Ali Touchent alias " Tarek " était le coordinateur du GIA en Europe.
Mais malgré toutes ces informations, il reste que ce haut responsable du GIA n'a jamais été
arrêté et qu'il est toujours parvenu entre 1993 et 1995 à échapper aux rafles de la police :
"Il échappe, mais ses proches eux, sont toujours interpellés" s'étonnent les avocats de la
défense qui s'interrogent également sur son identification tardive par les services de
police alors qu'il était connu depuis plus de deux ans par la DST.
Ce fait étant confirmé par son frère Karim Touchent qui assure dans un entretien accordé au
Parisien le mercredi 2 octobre, que son frère était bien en contact avec le contre-espionnage
français depuis 1989.
"Mon frère a été interrogé par la DST en 1989. Les policiers savaient donc parfaitement
qu'il appartenait à un groupe islamiste. Ils auraient pu donc l'arrêter avant
mais ils ont laissé faire" précise-t-il.
Pour les avocats des deux accusés, Ali Touchent a pu aussi être une " taupe "
récupérés par les services de renseignements français.
Sans aller peut-être aussi loin, il apparaît que le dossier d'Ali Touchent reste flou et qu'il
reste de nombreux points d'interrogations :
Ainsi cet algérien né en 1967, arrive tout à fait régulièrement en France en 1988.
Il s'inscrit à des études d'architecture.
Mais déjà lors du premier procès des GIA en novembre 1997 à Paris,
certains accusés avaient mis en doute l'authenticité de " Tarek " chez qui
ils voyaient un parfait exemple de l'infiltration des GIA par la sécurité militaire
algérienne. En 1997, un converti à l'islam, Joseph Jaime déclarait :
" Pour moi Tarek n'est pas un islamiste, c'est un mec de la Sécurité militaire qui se servait de
nous en nous faisant croire qu'il allait nous envoyer combattre en Algérie.
Nous l'avons chassé. Touchent a joué avec nous ".
Son frère Karim Touchent confirma d'ailleurs cette possibilité et il évoque en parlant de son frère :
"un musulman qui avait choisi la voie du FIS, mais avec qui je n'ai plus eu de contacts après 1993,
le groupe auquel il a appartenu a pu être manipulé par l'Etat algérien,
qui avait tout intérêt à faire entrer la France dans la guerre".
Dans les milieux islamistes Français, on commence à se méfier de cet homme qui reçoit chaque
mois un salaire mensuel de l'organisme qui paye les policiers algériens.
Il est mis en quarantaine lorsqu'ils s'aperçoivent également qu'il continue d'échapper
régulièrement à la police alors que tous ceux qui l'approchent en France, en Hollande,
en Angleterre, et en Belgique ne connaissent pas la même chance.
Mais les islamistes n'étaient pas les seuls à se poser des questions. Certains policiers s'interrogeaient
également et ils soupçonnaient les services algériens de l'avoir récupérer en Angleterre
en 1996 arguant que sans cette complicité il n'aurait pas du pouvoir rentrer en Algérie
alors qu'il était recherché par Interpol et que son portrait était diffusé partout.
Mais il y a encore plus étrange car selon un article de Libération du 16 février 1998, après son
retour dans son pays, Ali Touchent vivait à Alger, " Tarek ne se cachait pas et habitait... dans
une cité de CNS (équivalent des CRS) proche de la caserne de Châteauneuf, une zone parmi
les plus sécurisées de la capitale. "
Ce n'est sans doute pas l'endroit le mieux choisi pour vivre tranquillement lorsqu'on est
un homme recherché par toutes les polices y compris normalement par la sécurité algérienne.
Il y serait resté jusqu'à sa mort violente en 1997 intervenu aussi dans un lieu inattendu
pour un homme traqué : un endroit le plus surveillé d'Alger, l'hôtel El Djezaïr.
Une mort annoncée bien tardivement qui n'a fait que conforté la suspicion entourant Ali Touchent.
En plein week-end, en février 1998, les autorités algériennes annoncent dans un communiqué
que Touchent avait été "formellement identifié" comme étant l'homme retrouvé mort,
le 23 mai 1997 mais sans préciser la manière dont il s'est retrouvé à Alger,
ni les circonstances exactes de sa mort.
Mais pourquoi alors l'autopsie a-t-elle duré neuf mois et pourquoi l'Algérie met-elle tant de
temps pour en informer Paris ?
Selon le communiqué ce retard serait du à des "recherches incessantes".
La France est tellement perplexe que le ministère de l'intérieur est obligé de demander
des " preuves " à Alger.
Pour preuve, l'Algérie transmet les empreintes digitales relevées sur le cadavre.
Elles sont bien identiques à celles dont les Français disposent.
Mais pour son frère, cela ne prouve rien et il ouvre une autre brèche en affirmant :
"On ne sait même pas où il est enterré".
Une opacité dans un dossier que la défense compte bien évoquer pendant ce long procès.
Ainsi, pour Me van des Meulen, l'avocat de Smaïn Aït Ali Belkacem,
de nombreuses questions se posent effectivement : " Premièrement est-ce
que Ali touchent est une taupe? Ensuite est-ce que Zitouni n'a pas été
utilisé par le pouvoir algérien
pour infiltrer et ensuite prendre la direction du GIA afin d'éliminer des opposants
au régime? Et est-ce que les attentats que nous jugeons aujourd'hui
ne sont pas une simple opération politique ?
Opération dont l'Algérie ne tire que des avantages :
au niveau intérieur parce qu'elle élimine le FIS et au niveau extérieur
car elle ramène la France a de meilleurs disposition vis à vis d'elle. "
A toutes ces questions, les avocats espèrent bien obtenir des réponses.
Toute cette opacité fait que le fantôme d'Ali Touchent ne cessera de hanter
la salle d'audience à tel point qu'il parvient à reléguer au second
plan deux accusés bien vivants, Boualem Bensaïd et Ali Belkacem.
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