"Ce soir les Français, certes, avec une forte abstention, ont donné une large majorité à
la droite dans la composition de l’Assemblée nationale. Ce résultat s’inscrit sans doute
dans l’enchaînement mécanique qui a suivi l’élection présidentielle et le refus de la
cohabitation.
Il pourra apparaître injuste à la gauche qui, pendant cinq ans, avec Lionel
Jospin, a cru de bonne foi faire avancer notre pays dans la voie du redressement
économique et du progrès social.
Ce résultat consacre néanmoins la volonté de notre pays de donner à Jacques Chirac,
avec l’UMP, tous les moyens que celui-ci réclamait pour agir pendant cinq ans. La
droite qui voulait détenir tous les pouvoirs a désormais toutes les responsabilités. Je
souhaite qu’elle en fasse le meilleur usage pour la France et pour la construction de
l’Europe, qu’elle résiste aux tentations de la régression sociale, de l’autoritarisme et de
la partialité de l’Etat.
Son échec, après tant de promesses distribuées, au plan fiscale, et tant d’affirmations
péremptoires en matière de lutte contre l’insécurité serait lourd de conséquence pour
l’idée même de la politique et pour notre avenir commun.
C’est la raison pour laquelle
nul ne doit en faire le pari. La gauche connaît une défaite, disons honorable et dont la
sévérité est amplifiée par le mode de scrutin. Elle doit se situer à la hauteur de l’enjeu
créé, par le second tour des élections législatives.
Les socialistes sont maintenant la force principale de l’opposition avec plus de cent
soixante sièges. Nous aurons à cœur de servir leur pays et les citoyens en affirmant les
valeurs de la république, en étant vigilants, combatifs sur les textes qui seront soumis à
la discussion au Parlement où ils veillerons à formuler, chaque fois que cela sera
nécessaire, des propositions constructives.
Mais les socialistes ont aussi à préparer dès à présent les conditions d’une nouvelle
alternance. Ils y parviendront en revenant sans fards et sans faux semblants sur les
causes de la défaite aux deux derniers scrutins. Ils y réussiront dans l’unité en
instaurant un dialogue approfondi avec les citoyens et leurs représentants, les syndicats
et les associations.
Enfin, il doivent travailler sans précipitation mais avec obstination pour formuler un
nouveau projet pour le pays. Cette reconstruction est indispensable pour la démocratie
bien sûr mais pour l’avenir même de la gauche en associant largement tous nos
partenaires et même toutes les forces politiques, sociales et associatives qui voudront,
dans le respect de leur identité se joindre à nous.
Je remercie pour conclure les françaises et les français qui nous ont fait confiance et ils
ont été nombreux dans un certain nombre de circonscriptions, et certaines étaient
peut-être plus symboliques que d’autres. Je mesure leur tristesse aussi ainsi que celle
de beaucoup de députés sortants qui, malgré leur travail, ont été ce soir battus. Je leur
dis que l’effort de tous sera le seul chemin possible, que rien n’est irréversible et que
tout peut même être possible si nous en avons et le cœur et la volonté, et nous avons
et le cœur et la volonté pour y parvenir.
François Hollande - Premier secrétaire du P.S - Dimanche 16 juin 2002.