En somme, le Chef du gouvernement doit incarner à lui tout seul, et en moins de deux mois, la révolution
politique, le changement promis aux Français et pour cela rétablir l'autorité perdue de
l'Etat, tout en renouant un véritable dialogue social.
Incarnant la “France d’en bas”, le Premier Ministre possède bien des atouts susceptibles de séduire un électorat désabusé :
- C’est un provincial catholique issu de la France profonde. Il n’est pas énarque et
c’est une qualité dans notre pays.
- Privilégiant dans toutes ces interventions le terrain et la proximité, il utilise un
langage largement accessible à tous.
- Sa rondeur bienveillante rassure les français et ses propos aussi : il est à leur écoute
et leur assure être concentré sur leurs problèmes, leurs difficultés et rien que sur cela.
- Il embarrasse fortement les socialistes. Cet homme pratiquement inconnu lors de son
arrivée à Matignon, n’a occupé qu’un seul poste ministériel de second ordre, celui de
ministre des PME, il est donc très peu exposé aux critiques de l’opposition.
Si ce choix semble être judicieux, on le doit sans doute au Président Jacques Chirac et
à Alain Juppé, le Maire de Bordeaux.
Jacques Chirac et c’est bien compréhensible veut obtenir une majorité à l’assemblée
nationale. Et pendant cinq ans, il a eu largement le temps de méditer sa défaite électorale
suite à une dissolution manquée. Alain Juppé, le Premier Ministre de l’époque,
largement diplômé, mais trop sûr de lui, ne savait pas se faire comprendre; le courant n’est jamais
vraiment passé entre lui et les français et en cela il a profondément échoué. Sa période
de gouvernement n’a connu que des ratés entraînant des manifestations de rues qu’il
fut incapable de gérer et de contrôler. En cela, il fut sans doute, l’artisan de l’échec.
Alors “exit”, l’intelligence du technocratique Alain Juppé, Jacques Chirac lui préfère la
rondeur toute bienveillante de Raffarin.
Mais l’importance de Juppé dans la nomination du Premier Ministre n’est plus à
démontrer : le maire de Bordeaux, ce n’est un secret pour personne, pense déjà à la
succession de Jacques Chirac, et ce fidèle se voit bien tenir le tout premier rôle. Il
n’aurait donc pas supporté un premier ministre qui soit susceptible de lui faire de
l’ombre et surtout un Chef de Gouvernement qui devienne un rival pour lui même.
Le maire de Bordeaux n’a sans doute pas assez médité, l’expérience que fit Jacques
Chirac avec Balladur en 1993. L’ami de vingt ans, galvanisé par des sondages
encourageants et sous les conseils d’un Nicolas Sarkozy avide de pouvoir, s’était
révélé à la longue, un rival susceptible de lui ravir le fauteuil tant convoité.
Car mine de rien, Jean-Pierre Raffarin, cet homme de 53 ans, taillé comme un Lino
Ventura, quasiment inconnu des français lors de sa nomination, fait son petit
bonhomme de chemin et surtout, il est en passe de remplir son difficile contrat.
En effet, le Premier Ministre obtient une majorité de jugements favorables et ce dans
toutes les catégories socio-professionnelles et mieux encore, selon la dernière enquête
Ipsos/Vizzavi pour Le Point, France 2 et Europe 1, et s’il n’y a pas d’évolution de
l’opinion publique, la droite devrait être largement majoritaire au sein de la nouvelle
Assemblée Nationale.
La victoire de la Droite si elle se confirme, sera incontestablement la victoire de
Jean-Pierre Raffarin. Et cela peut lui donner des ailes!
Alors, si le Maire de Bordeaux se trompait lui aussi et si la popularité de Jean-Pierre
Raffarin continuait de s’affirmer dans un honorable consensus, ne deviendrait-il pas
ipso facto, le dauphin légitime du Président Jacques Chirac?
Histoire à suivre !!!