 |
JUSTICE
Oriana Fallaci :
poursuivie pour propos racistes
Lors de sa sortie en France en mai dernier, le livre d'Oriane Fallaci, " la rage et l'orgueil ".
fut qualifié de " brulôt islamophobe " et fit l'objet de vives polémiques.
Trois associations avaientt saisi le juge des référés : le MRAP qui réclamait son interdiction, la LICRA et la LDH qui demandaient l'insertion d'un avertissement aux lecteurs ainsi que des dommages-intérêts.
Le 21 juin dernier, la justice avait rejeté cette demande et renvoyé l'affaire au fond.
Ce dossier a donc été examiné de nouveau par le tribunal de grande instance de Paris,
mercredi 9 octobre dernier.
|
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
Vendredi 11 octobre 2002.
Rachid Halloui
• Imprimer l'article
• Envoyer l'article


|
|
" La rage et l'orgueil " : brûlot islamophobe ou pamphlet ?
Présenté comme une réponse aux attentats du
11 septembre, le livre " La rage et l'orgueil " de l'italienne Oriana Fallaci se voulait
être un " sermon " adressé à des européens "masochistes" et "aveuglés".
Publié en Italie, il s'était vendu à plus d'un million d'exemplaires.
Lors de sa sortie en mai dernier, il avait déclenché en France, une vive polémique
et une levée de bouclier au sein des institutions religieuses:
l'église catholique avait jugé son approche du Coran " dangereuse " et la Fédération
protestante de France avait dénoncé de son côté, un livre "écœurant".
Quant au recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, il avait déclaré qu'Oriana Fallaci
faisait "montre du même fanatisme qu'elle prétend dénoncer".
Pour Me Baudoin, l'avocat de la LDH, le mépris de l'écrivain est sans borne.
Cette dernière "fait partie de ceux qui considèrent qu'il y a la civilisation occidentale et le reste"
et ne fait que répondre au discours de "haine contre l'Occident d'Oussama
ben Laden" par un discours qui repose "sur la même haine, la même intolérance,
le mépris et l'exclusion ".
Mouloud Aounit, le secrétaire général du MRAP, estime que
ce "livre est une incitation permanente à la violence raciste",
qualifiant même l'ouvrage de "brûlot islamophobe".
Le MRAP qui avait tenté en vain d'obtenir en référé, l'interdiction provisoire de ce livre
a publié un communiqué, dans lequel il accuse Oriana Fallaci de se laisser
"aller à un délire raciste" et parle d'un ouvrage qui "salit et blesse de la première à
la dernière ligne", d'une "oeuvre fanatique qui sert les intégristes".
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples estime en outre, que
"Ce livre rend délibérément coupables et comptables des attentats du 11 septembre tous
les musulmans de la planète".
Les propos d'une rare violence tenus
par Oriana Fallaci avaient fortement surpris.
Cette ancienne journaliste de 72 ans, étant plus connue à l'origine,
pour son passé de résistante et pour ses interviews sans concession des hommes politiques.
Dans " la rage et l'orgueil " l'italienne considère que les attentats du 11 septembre
révèlent la vraie nature de l'islam et elle n'hésite pas à faire l'amalgame
entre musulmans, immigration et terrorisme.
Elle y dénonce l'islam, "qui, depuis 1.400 ans, ne sort pas des abîmes de sa cécité (...),
ne veut pas entendre parler de liberté et justice et démocratie
et progrès (...) et qui, étant secrètement jalouse de nous,
nous attribue la faute de ses pauvretés matérielles et intellectuelles,
ses rétrogradations et ses dégradations".
Certaines phrases de son livre sont véritablement outrageantes pour la communauté musulmane.
L'auteur y affirme notamment que la culture musulmane est très inférieure à la
culture occidentale et que les musulmans n'ont pas contribué
" au progrès de l'humanité " parce qu'ils
"passent leur temps, le derrière en l'air, à prier cinq fois par jour".
Elle considère aussi que "les fils d'Allah se multiplient comme des rats",
et qu'elles "sont partout les nouvelles SS, les nouvelles chemises noires" et que
"les mosquées grouillent jusqu'à la nausée de terroristes ou d'aspirants terroristes".
Ses avocats préfèrent minimiser quant à eux,
les propos tenus dans le livre. Ils considèrent que cet ouvrage n'est qu'un
"un pamphlet" écrit pour répondre aux attentats du 11 septembre et qu'il a
le droit d'exister au nom du " principe de la liberté d'expression ".
A aucun moment, l'auteur ne cite "les musulmans en tant que peuple" plaide Me Gilles-William
Goldnadel. "Les fils d'Allah, ce sont les islamistes." avant de défendre pour sa cliente,
le droit à un "anti-islamisme primaire".
Si l'ouvrage est "violent, haineux", poursuit-il,
c'est que "madame Fallaci considère que l'heure est venue de faire de
l'anti-islamisme primaire, cela n'a rien à voir avec le racisme".
Me Bigot regrette quant à lui "une dénaturation de l'ouvrage" où l'on
"s'arc-boute sur des passages qui ne représentent pas le livre".
Il préfère évoquer "une certaine forme d'anticléricalisme" plutôt qu'un livre
véritablement anti-musulman et raciste.
Selon l'avocat, il ne s'agit ici que de dénoncer "la montée de l'intégrisme"
Et il considère que "C'est un ouvrage qui replace dans un contexte géopolitique,
dans un contexte historique, un certain nombre d'événements".
Pour les associations, ce n'est pas du tout le cas,
Oriana Fallaci préférant de loin faire l'amalgame :
"C'est un livre qui pratique de bout en bout une politique de l'amalgame",
en associant musulmans et extrémistes sous le terme "fils d'Allah",
dénonce Me Patrick Baudoin, l'avocat de la LDH pour qui "il s'agit d'un discours enragé, de violence,
de manichéisme primaire",
qui "essaie de faire croire qu'il n'existe qu'une bonne civilisation,
la civilisation occidentale".
Il estime que "dans ce livre, on est passé d'une mise en cause légitime des terroristes
islamistes et de leur leader à un ouvrage qui véhicule la haine contre les musulmans".
Il rappelle les termes employés : "horde", "miasmes nauséabonds" ; l'utilisation de certains verbes
"grouiller" qui évoque "la pire des littératures antisémites" ;
il cite également de longs extraits: "Si cela n'est pas une provocation à la discrimination raciale,
qu'est-ce qu'il faut écrire ?" gronde-t-il. Avant de conclure : "Madame Fallaci n'est rien d'autre
qu'un Ben Laden de l'écriture."
Pour l'avocat du MRAP, Me Ahcène Taleb : "Si vous prenez le livre d'Oriana Fallaci et
vous mettez le mot juif à la place du mot musulman vous retrouvez la littérature
des années 30". Il considère que "quand on termine le livre, on se reconnaît
le permis de tuer tout musulman dans la rue".
L'avocat de la LICRA, Me Charles Korman, parle même d'un appel au meurtre.
Il n'hésite pas à prendre pour exemple, le meurtre d'un Maghrébin vendredi
dernier près de Dunkerque et fustige un livre qui " permet de passer de la détestation à la tuerie".
Il s'en est également pris à l'éditeur, estimant que
"Plon a fait du fric sur le dos d'une population" en vertu de quoi,
il a demandé au tribunal de le condamner à de gros dommages-intérêts parce que
l'éditeur se "moquerait d'une petite condamnation".
Il faut savoir que depuis le premier référé de mai dernier,
" la rage et l'orgueil " est devenu un best seller,
ses ventes se sont envolées durant tout l'été.
Le jugement de ce procès devrait
intervenir le 20 novembre prochain,
mais suite à une multitude de nullités d'ordre procédural, invoquées par l'avocat de l'éditeur,
il y a de fortes chances que toute la procédure soit annulée lors du jugement.
Oriana Fallaci et les éditions Plon avaient été assignées au civil pour
"provocation à la haine raciale" par trois associations :
le MRAP qui demandait l'interdiction du livre pour
"fixer des repères aux nouvelles générations, des limites aux extrémismes",
tandis que la LDH réclamait l'insertion d'une mise en garde selon laquelle
" il ne faut pas confondre islamistes et musulmans ". La LICRA quant à elle, se contentait de
la publication de la condamnation dans différents journaux.
Madame Fallaci gravement malade n'avait pu être présente à l'audience.
|
 |
 |
|
|
|
Haut
de page |
|
 |
|
|
|