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Des pauvres à l'écart des villes

Une urbanisation à la va vite sans planification à long terme.


Mardi 11 juin 2002.

Martine Coriste

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"Dans ma cité, l’impression est terrible, c’est de la laideur partout, c’est triste et gris. Nous n’avons pas l’impression de vivre dans un pays moderne, dans une société égalitaire. Il y a une concentration de population d’origines immigrées et c’est là qu’il y a le plus d’exclus, le plus de violence. La banlieue, c’est le zéro pointé de la France."
Malika - Bagneux.

"Dans ces cités qui constituent ce que l’on appelle la banlieue, je fais une constatation : nous sommes plus de la moitié à être d’origine immigrée et nous sommes tous issus de populations défavorisées."
Frédéric - Cachan.


"Pour changer la vie, il faut d'abord changer l'espace"
- Henri Lefevre


 

Avant toute chose, il est essentiel de se remémorer les circonstances historiques qui ont présidé à la construction puis au peuplement de nos cités et de nos banlieues. Trois facteurs essentiels vont transformer l'image de la France : l'exode rural, le recours à l’immigration, la reprise de la natalité ou baby boom.

Après la guerre de 39-45 :

la France doit se reconstruire. Le secteur industriel se développe très rapidement notamment dans l'électro-ménager, l'aéronautique et la construction automobile, contribuant ainsi à la croissance économique du pays. Les usines s'installent près des villes.

Pas assez de main d’oeuvre.

Si la fin de la guerre, le retour de la croissance, entraînent une reprise de la natalité, pour l’heure, la population active n'est pas encore assez nombreuse malgré une importante exode rurale. En effet, une mécanisation intense des moyens de production agricole va entraîner une baisse d'emploi dans ce secteur. Ainsi, les villages disparaissent, et les paysans quittent les campagnes pour s'installer dans les villes ou dans leurs environs immédiats. Leur nombre va diminuer de moitié entre 45 et 62. Mais la main d'œuvre reste malgré tout insuffisante. La France va devoir faire appel aux travailleurs de son empire colonial et de certains pays européens (Pologne, Italie, Espagne). Dans les années 60, elle élargit son cercle de recrutement à l'Europe méditerranéenne et aux pays récemment décolonisés d'Afrique du nord et d'Afrique noire. Ce n’est qu’en 1974, que le gouvernement limitera l'immigration.

Notre pays a connu une profonde mutation.

Si dans les années 1945, près de la moitié de la population vivait à la campagne, dans les années 70, les trois quarts des français vont habiter en ville. La France rurale et agricole est devenue une France urbaine et industrielle.

Intensification de la crise du logement.

Vue d'une cité ©  Fidès Les villes vont enregistrer une très forte croissance. L’augmentation et le rajeunissement de la population vont encore accentuer une crise du logement déjà bien implantée. A partir de 1950, la priorité sera à la construction massive. Pour soulager les grandes métropoles, répondre aux besoins d’habitat, les pouvoirs publics développent l’urbanisation des banlieues. Les collectivités locales voire départementales aidées par l'état construisent alors de grands ensembles à la va vite mais sans chercher à humaniser ces nouveaux espaces de vie, ni penser à construire des villes accueillantes. Ainsi vont naître par exemple, Sarcelles dans le Val d'Oise, les Minguettes à Lyon.
L'essentiel de la construction s’est faite à proximité immédiate des grandes villes. Mais ces nouveaux bâtiments sont construits un peu trop rapidement. Ils sont constitués de blocs de béton, séparés par des terrains vagues baptisés " espaces verts " . Ces derniers seront d’ailleurs remplacés progressivement par des parkings suite à l’accroissement de la vente automobile. Ces cités réalisées sans planification à long terme, ont remplacé les taudis et les bidonvilles. Et si elles offrent l'avantage d'un relatif confort moderne, elles sont toutefois, mal pensées et bien peu aménagées.

Protection des centres villes.

Dans les années 70, si l’on assiste à une stagnation de la croissance des grandes villes, il n’en ira pas de même pour les villes moyennes et les banlieues où le prix du terrain est moins cher. Avec la " sarcellite " ou le mal des grands ensembles, des voix commencent à s’élever. La crise de la construction se double alors d'une crise idéologique. Ainsi, on remet en cause les modes d'urbanisation, en insistant désormais sur une construction qualitative et non plus quantitative. Petit à petit, les architectes, urbanistes, responsables politiques découvrent la valeur ajoutée que peuvent procurer la préservation d'une structure urbaine traditionnelle, la protection de l’aspect des paysages urbains anciens et des vieux quartiers chargés d'histoire permettant une véritable implication du citadin avec sa ville.

Un Plan de construction est lancé en 1971.

Il comporte des thèmes nouveaux : innovation et écologie. Ainsi, va être instaurée une politique de protection et de mise en valeur mais axée principalement sur le centre ville. (réhabilitation, transformation de certains quartiers en secteurs piétonniers permettant de redonner la rue aux habitants et aux flâneurs). Ces réalisations furent certes très utiles mais eurent un grand inconvénient : leur coût élevé entraîna la disparition des logements modestes et des petits commerces au profit de bureaux, de magasins de prestige et d'appartements de standing. Petit à petit, nombre de quartiers réhabilités ont été vidés de leurs anciens habitants.

Laxisme dans la politique d’urbanisation.

Centre ville © Fidès La politique de la protection du centre ville s’est accompagnée en contrepartie d’un étrange laxisme en matière d'urbanisation des quartiers périphériques et des banlieues. Les campagnes proches vont être à leur tour urbanisées jusqu’à ce qu’un coup de frein soit donné à ces grandes opérations immobilières. Mais malheureusement, dans ces quartiers constitués par des blocs de béton, le mal est déjà enraciné profondément : laideur, uniformité, manque chronique d'équipement, aucun centre commercial, pas ou peu de transport public, absence de cinéma, d'équipement sportif digne de ce nom. Les entreprises susceptibles de fournir des emplois font elles aussi, largement défauts. Dès l'origine, les habitants qui emménagent dans ces quartiers ne vont guère manifester d'attachement à leurs nouveaux lieux de vie qu'ils considèrent plutôt comme des dortoirs tout à fait provisoires.
De 1945 à 1975, la France va donc connaître une véritable mutation de sa population et de son cadre de vie : croissance urbaine, création de grands ensembles, extension des banlieues, déclin des villages, désertification des campagnes. Mais ces mutations ne vont pas être accompagnées d’une politique d’urbanisation planifiée et maîtrisée. Les nouveaux arrivés vont alors s’entasser dans des cités peu humaines.Trois français sur quatre vont désormais habiter en ville ou en banlieue.

Une nouvelle pauvreté à l’écart des villes.

Ces grands ensembles furent édifiés pour accueillir toutes ces nouvelles populations constituées en majorité de paysans devenus ouvriers ou employés de bureau, et de la main d'œuvre immigrée. Toutes ces classes populaires de 45 à 75, s'entassent dans les HLM des banlieues dortoirs construits pour la circonstance. Mais ils recevront également, les habitants dont les ressources ne sont pas assez suffisantes pour espérer pouvoir se loger au sein des résidences nouvelles et plus accueillantes résultant de la politique de réhabilitation des centres villes.
Entre 71 et 75, c'est la crise. Certains secteurs de l'économie s'essoufflent par exemple les mines, le textile. Avec l’accroissement considérable du chômage, l'écart social se creuse un peu plus. Une nouvelle pauvreté est en train de se développer et certaines catégories sociales sont plus touchées : les mères célibataires, les jeunes de moins de 25 ans, les travailleurs non qualifiés, les plus de 50 ans, et les immigrés. Une société a deux vitesses s'installe et c’est en priorité, parmi la population vivant en banlieue que la crise va frapper durement et durablement.

Conclusion.

De 1950 à 1981, un cinquième de la France a été urbanisé avec pour résultat un habitat parfaitement inadapté aux besoins de la population. De 1981 à 1986, il y eut un manque évident de travail et de réflexion sur des banlieues fortement sinistrées par le chômage. La crise économique amplifia ce phénomène d’’isolement des cités et l’on peut déplorer qu'aucune politique de mixité sociale n’ait été instaurée. Dans ces quartiers, les quelques dynamitages et remises à neuf de cages à lapin sont un remède tout à fait dérisoire face à l'ampleur du mal qui s'est installé, et elles ne vont certainement pas remédier à la désastreuse séparation qui existe entre les centres villes et les cités. Ces dernières abritant des familles cumulant tous les handicaps sociaux bien connus : chômage, exclusion sociale et difficulté de logement.

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