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DOSSIERS
Interview :
Ce directeur débute dès l'âge de 18 ans comme animateur dans des centres de loisirs et de vacances. Animateur de quartier en 78, il prépare un diplôme de DEFA (Diplôme d'Etat à la Fonction d'Animateur) pour devenir responsable de structures. Il est depuis 8 ans, Directeur d'un centre social et culturel.
Pour des raisons personnelles, ce directeur a désiré lui aussi, conserver l’anonymat
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Mardi 11 juin 2002.
Martine Coriste
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Omar - Bagneux.
Je n’ai pas envie de moisir ici.
J’espère une autre vie pour mes futurs enfants.
La mairie m’a fait trois propositions que je n’ai pas acceptées.
La préfecture et l’office départemental, c’est pareil.
Ils ne me proposent que des quartiers impossibles.
Pourtant, je travaille depuis trois ans dans la même société et je gagne pas trop mal ma vie.
Aïcha - Gennevillier.
C’est très difficile de quitter la cité.
Dans le privé, c’est très cher et les propriétaires n’aiment pas beaucoup les locataires trop typés.
Ils sont très méfiants.
Dans le public, alors là, c’est très simple, il est hors de question de vous proposer des logements
situés dans des villes ou des quartiers sympas.
Moi par exemple, j’ai demandé, le Plessis Robinson, Meudon, Issy les Moulineaux et l’on m’a proposé,
Nanterre, Bagneux et Gennevilliers. Et que des sales coins !!!
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Parmi les jeunes
interrogés, nombreux sont ceux qui déplorent le regroupement
des familles pauvres et étrangères au sein des mêmes
quartiers.
C'est une réalité que personne ne peut nier. Il y a eu une
très mauvaise urbanisation de notre pays. Nous ne pouvons que
déplorer cette concentration de personnes en difficulté
dans un même lieu de vie et regretter que la France ne progresse
pas plus vite pour instaurer une véritable mixité au sein
des quartiers. 
Ils ont le sentiment qu'il existe sur notre territoire,
des sortes de zones d'habitations réservées dont ils seraient
exclus!
Je ne partage pas ce point de vue. La sélection se fait sur des
critères financiers. Alors ensuite, est-ce qu'on leur donne des
boulots qui leur permettent d'espérer une meilleure rémunération?
C'est encore un autre problème. Toute personne ayant un peu de
moyen peut aller vivre en centre ville.
Pensez-vous malgré tout quil existe
une discrimination à leur encontre lors de l'attribution des logements
sociaux?
Oui. J'en suis convaincu. La preuve en est que lon constate que
les cités s'éloignent de plus en plus de Paris. Il y a bien
une raison à ce cela : soit on ne leur attribue pas les logements,
soit on a fait construire des logements qui sont trop onéreux pour
eux et de ce fait, ils sont obligés de se déplacer. Mais
la sélection financière joue, cela est certain.
Nous avons beaucoup de témoignages de
jeunes qui ont pourtant des moyens financiers mais à qui ladministration
propose systématiquement des logements en cité.
Je ne suis pas dans la confidence. Je ne sais pas comment procèdent
l'OPHLM et les organismes chargés du logement. Je ne mets pas en
doute son témoignage. Je pense que cela existe vraiment.
Nous avons appris que les maires avaient une
énorme influence sur la politique du logement au sein de leur commune.
Comme je vous lai dit, il y a certainement une réalité
mais ce n'est pas simple pour les élus. Ils sont confrontés
à de nombreuses difficultés. Mais je ne connais pas à
fond le problème. Je pense quil y a une réelle volonté
de faire autrement mais c'est certain que l'électorat est important.
Christiane, lassistante dun élu,
nous a confirmé cela!
J'ai pour habitude de ne jamais généraliser.
Il y a des élus qui font de bonnes choses et quils soient
de droite ou de gauche. D'autres agissent effectivement comme Christiane
le mentionne dans son témoignage. Mais il ne faut jamais généraliser.
Les élus ne maîtrisent pas tout. On le croit, mais je n'en
suis pas si certain. Ils ont beaucoup de responsabilités mais nombres
de points leur échappent. Par contre, je partage complètement
l'idée selon laquelle un maire est tenté de préserver
son électorat. La France est ainsi faite et lélectorat
est un point non négligeable.
Personnellement, pensez-vous quune meilleure mixité sociale
puisse améliorer les conditions de vie des cités?
C'est évident et il faut aller dans ce sens.
Mais y-a-t-il une véritable volonté
politique?
Vous savez, nous sommes dans un pays de droit, dans un pays démocratique
et je pense que les pouvoirs publics, s'ils possédaient une solution
miracle, auraient essayé de la mettre en place. Cest certain
quil ny a pas que des bonnes choses de faites et souvent l'on
s'en rend compte trop tardivement. Néanmoins, il faut que ces jeunes
gardent espoir car j'ai énormément confiance en l'avenir.
Il ne faut pas qu'ils deviennent aigris même si c'est facile à
dire. Il faudrait casser ces ghettos et créer une autre dynamique
immobilière. Malgré tout, il faut être réaliste,
il y aura toujours une minorité qui tentera de se regrouper. C'est
inhérent à l'être humain. On essaye de se rassembler
entre personnes qui se ressemblent plus ou moins. Si je vais au Maroc,
je pense que jagirais ainsi, la barrière de la langue my
forcerait.
Mais la plupart sont nés en France, et
n'ont pas la barrière de la langue!
Cest vrai! En tout cas, ce qui serait bien, c'est de leur permettre
une meilleure accession à l'immobilier. Il faudrait créer
des structures pour qu'ils obtiennent un logement sans trop de difficulté
car aujourd'hui, c'est encore difficile voire impossible. Ils ne peuvent
pas assez choisir leur lieu d'habitation même si je suis convaincu
qu'il y en aura toujours qui choisiront la cité. Si les loyers
étaient plus abordables, les personnes se mélangeraient
un peu plus. La rémunération est importante également,
il conviendrait daugmenter les salaires aussi car l'un et l'autre
vont de paire : baisser les loyers et augmenter les salaires, cest
cela la priorité!
Comprenez-vous malgré tout ce sentiment
d'exclusion quils ressentent?
Que certains se sentent exclus, je veux bien l'entendre, mais des choses
sont mises en place pour tenter de remédier à ce sentiment,
et pour qu'ils participent à la vie de la cité. C'est à
eux aussi de se bouger! Je pense qu'un centre social comme le nôtre
a toujours été ouvert. Si ensuite, ils n'y viennent pas,
nous n'y pouvons rien. Je parle de mon centre mais c'est pareil ailleurs.
Pourquoi ne fréquentent-ils
pas plus des centres comme le vôtre?
Peut-être, ne leur propose-t-on pas toujours des activités
qui les intéressent. Il est certain qu'ils ont des pôles
d'intérêt qui peuvent être différents et variés.
Il nous faut leur proposer plusieurs sortes d'activités pour
que tous les jeunes y trouvent leur compte. Mais il est préférable
également, de proposer un mélange des genres, de ne pas
se contenter de répondre à l'attente d'un seul type de jeunes,
d'une seule classe d'âge par exemple. C'est ce que nous faisons
sur notre ville. Le centre propose des activités ouvertes à
tous. Nous avons un public qui va de trois mois à 80 ans et plus.
Par exemple, nous proposons du hip hop. Nous sommes prêts à
leur ouvrir la salle pour qu'ils viennent jouer au ping pong mais malgré
tout, ils ne viennent pas. Et puis, il y a une autre raison pour laquelle
ils ne viennent pas : c'est qu'ils acceptent difficilement les règlements
en vigueur dans nos centres. Ils veulent venir à n'importe quelle
heure et c'est impossible. Il y a un fonctionnement, des problèmes
de responsabilité qu'ils ne perçoivent pas toujours. Mais
c'est pour tous les jeunes pareils, ce n'est pas spécifique aux
jeunes de cité. Comme tous les jeunes, ils nont pas encore
cette notion de responsabilité, cette notion de risque juridique.
Les centres doivent appliquer des lois, et nous avons nombre de responsabilités
notamment vis à vis des mineurs. Quand il y a des problèmes,
les directeurs de centre sont responsables civilement et pénalement.
Ces jeunes pensent également être
victimes de discrimination à l'embauche?
De la discrimination, il y en a, il y en a toujours eu. Parfois, on
peut la provoquer; j'en suis convaincu et certains jeunes agissent ainsi.
Par exemple, avec un langage, un look qui ne rentrent pas dans certaines
normes. J'ai ici une halte garderie. Si j'ai quelqu'un qui postule mais
n'est pas capable de parler correctement, je ne pourrais pas l'embaucher
car nous avons un rôle éducatif auprès des jeunes
enfants. Je ne demande pas qu'ils soient des sortes de Victor Hugo.
Quelquefois, des jeunes filles, des lycéennes se présentent
et lorsque vous les entendez parler, vous n'en revenez pas. Cela m'inquiète.
Cela arrive aussi avec certains animateurs de centre de loisirs. Lorsque
vous entendez la façon dont ils s'expriment devant les gamins,
vous êtes sidérés. Je suis très inquiet sur
ce point.
Permettez - moi malgré tout, de vous lire
le témoignage dIdrissa de Bagneux.
J'ai un diplôme d'informaticien réseau
et je suis toujours sans emploi, je suis obligé de travailler dans
un fast food. Pour ces études, mes parents ont consenti de lourds
sacrifices! Ce n'est pas la joie de voir que ma couleur et mon adresse
resteront toujours un obstacle à mon intégration sociale.
J'ai les diplômes, et après que veut-on encore comme preuve
pour m'accepter? Que voulez-vous que nous donnions comme espérance
aux plus jeunes de la cité, si après un bac plus six, ils
nous voient travailler comme manutentionnaire ou autre?
Nous en avons reçu beaucoup qui vont dans
le même sens!
Cest très regrettable évidemment! Cependant manutentionnaire,
ce n'est pas un sot métier. Je l'ai fait aussi parce que je ne
trouvais pas de boulot. Je ne l'ai pas ressenti comme une discrimination.
Ceci étant dit, si cela est dû uniquement à sa couleur
de peau, c'est plus que regrettable, c'est scandaleux. En ce qui me concerne,
je vous parlais plutôt d'un public qui parfois ne possède
pas un bon vocabulaire. Mais, j'admets volontiers qu'il
y a des jeunes qui sont très bien et qui ne trouvent pas de boulot
parce qu'ils ont une origine différente et je trouve cela scandaleux,
je vous l'ai dit. Je comprends le dépit d'Idrissa et je suis tout
à fait daccord avec sa conclusion.
Faudrait-il imposer des quotas aux entreprises?
Je ne suis pas pour une loi imposant aux sociétés, lembauche
de personnes dorigines étrangères. Le gouvernement
la fait pour laccession des femmes aux mandats électoraux.
Mais je ne suis pas pour. Si on impose, alors nous ne sommes plus libres
et nous sommes avant tout dans un pays de droit et de liberté.
En outre, je trouve cela fou, d'obliger cela devrait être plus systématique.
Ils n'apprécient guère que leurs
quartiers soient mis à la une des médias. Ils y voient un
prétexte de plus à l'isolement, à l'amalgame.
Ils n'y pourront rien. C'est le journalisme qui est ainsi. Il faut trouver
des images qui choquent. On ne parle que très rarement des choses
qui vont bien. Dans certains endroits en France, vous avez des villages
qui peuvent être à majorité FN alors quils n'ont
même pas une cité dans leur village. Pourquoi? Parce quils
font lamalgame avec ce quils voient, ou écoutent dans
les médias. Si bien que lorsque des jeunes débarquent dans
ces coins, ils ont peur deux car tout ce quils savent deux,
cest qu'ils font brûler les voitures et quils agressent
les gens.
Ils pensent qu'ils
traînent l'étiquette de la cité où ils vivent,
et que cela leur porte préjudice quand ils sollicitent un emploi.
C'est une certitude. C'est un peu comme un parisien qui va partir sinstaller
à Marseille. Il sera toujours considéré comme un
parisien. Ils ont une étiquette qui leur colle à la peau,
cest évident.
La politique de la ville consistant à
rénover quelques halls, à ravaler quelques façades,
à leur donner des cours de guitare ou de poterie les fait plutôt
sourire. Quen pensez-vous?
Ils ont en partie raison, il faut arrêter la poudre aux yeux. Faire
un ravalement sans régler le problème de fond, cela ne sert
pas à grand chose. Ceci étant dit, redonner une autre dynamique
au niveau de l'environnement peut aussi aider à vivre autrement.
Mais il est exact que l'on se rend compte que lon dépense
des millions dans ce type de programme, et quil y a toujours les
mêmes problèmes. Un des problèmes majeurs et celui
qui apporte le plus de souci étant la toxicomanie. En ce qui concerne
le problème de fond, il y a quand même des choses qui sont
faites. Peut-être, faudrait-il encore améliorer les transports
publics pour qu'ils puissent aller voir ce qui se passe en dehors de la
cité? Il doit y avoir aussi une volonté de leur part. Voyez-vous,
nous sommes dans une société de consommation. Ces jeunes
et cest normal veulent donc consommer à leur tour mais en
même temps, ils perdent cette envie de se trouver des activités
qui ne soient pas forcément des activités de consommation.
Par exemple, prendre le bus, le train, et aller en forêt de Fontainebleau,
cela ne coûte pas grand chose et ils peuvent passer une journée
d'enfer. Mais cela ne les intéresse pas. Sils ne font pas
cette démarche et restent cantonnés dans une attitude de
consommation alors ils vont rencontrer des problèmes financiers.
Ils reprochent aux pouvoirs publics de les délaisser
au profit de ceux qui brûlent les voitures, qui font des actes de
vandalisme.
Je ne crois pas. Je pense que beaucoup de choses sont faites. Sur le 92
par exemple, la caisse d'allocation familiale avait mis en place un dispositif
qui s'appelait les visas de loisirs jeunes destinés
aux jeunes de 6 à 20 ans je crois, pour le financement d'activité.
En 2001, nous avons déploré très peu de demandes,
il faudrait que l'on m'explique. Ils étaient soutenus jusqu'à
152.45 euros (1000 F) sur leur quotient familial, ce qui n'est pas négligeable.
Malgré tout, nous avons enregistré très peu de demandes.
Aujourdhui, tout le monde a légèrement tendance à
attendre que tout arrive tout cuit. Mais il faut faire des démarches,
se bouger. Ensuite, que l'argent soit bien ou mal distribué, il
y a des choses qui ne sont pas claires, c'est évident. Mais il
y a beaucoup d'argent donné pour améliorer les conditions
de vie dans les cités, cest incontestable. Maintenant, est-ce
que cet argent est toujours bien réparti et mis dans les bons secteurs
.Mais en même temps que veulent-ils ?
En priorité, ils veulent quitter les cités.
Ils ne se voient pas fonder une famille, élever des enfants dans
ces quartiers.
Je partage ce point de vue. Ils prennent conscience des risques qui existent
à éduquer des gamins dans ces quartiers où cela commence
à être l'anarchie. Tout le monde préfèrerait
éduquer ses enfants dans des endroits tranquilles et calmes. Je
comprends leur désir. Mais pour le coup, cela n'a plus grand chose
à voir avec ce que nous mettons en place dans les quartiers. Il
conviendrait alors de mettre en place dautres structures pour aider
ces personnes à sortir des quartiers, à trouver du travail.
En ce qui concerne lemploi, des choses sont faites sur ce plan.
Il y a un organisme d'état qui fait beaucoup dans ce domaine, c'est
le FAS (le Fonds d'Action Social). Il travaille beaucoup sur la discrimination.
On tente de trouver des solutions mais on se heurte souvent aux problèmes
de financement.
Ces jeunes placent également la sécurité
en tête de leurs préoccupations.
Cela ne m'étonne nullement. De plus, la sécurité
est mise en avant dans tous les milieux. Je trouve cela plutôt bien.
Les pouvoirs publics vont être obligés de mettre de l'argent
dans ce domaine.
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