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Lundi 1er décembre 2003
Farid Souiah et Samia Achour
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Arrivé, dans ce département de l'Essonne, à la recherche de l'origine de la haine. Histoire de comprendre. Notre arrivée est remarquée et les jeunes nous attendent avec méfiance.
" Y a beaucoup trop de cherche-la-merde ici, ces derniers temps ! " nous lance un garçon d'une douzaine d'années.
Un groupe vient à notre rencontre. Ils ont une vingtaine d'années. Heureusement, parmi notre équipe, Farid et Var font plutôt bonne impression.
" Vous venez pour le procès ? "
Des larges sourires, des salutations, des présentations.
" On voudrait vous entendre, on voudrait comprendre ! Pourquoi tant de haine ? "
Les langues se délient. Elles racontent ce que nous savons déjà : une histoire de poisson. Et puis, ce qui en découle " La haine " tenace et quasi " irrémédiable ". Un discours un peu trop bien huilé.
Qui a commencé ? Qui est responsable ? Personne ne le sait vraiment mais très vite, on comprend que le plus important n'est pas là.
" Y a pas de coupable en fait, Madame, mais ici c'est la règle ! Même ceux d'en face suive la règle du jeu ! Tout le monde participe. " explique Saïd. " Tout ce qui compte, c'est notre honneur ! C'est la défense de l'honneur ! " rajoute-t-il.
" C'est quoi l'honneur ? "
Les réponses fusent :
" L'honneur, c'est qu'on te respecte ! Qu'on respecte ton territoire ! Qu'on vienne surtout pas te provoquer !" répond Abdel.
Les autres hochent la tête.
" Sinon ? "
" Sinon, ils payent cash ! Œil pour œil, dents pour dents ! " lance Antoine sans aucune hésitation avant de rajouter " Parce que tu vois, nous cela nous débecte l'injustice ! "
" On est tous solidaires ! On fait bloc et on se pose pas de question ! De toute façon, on fait rien que se défendre, c'est tout !" reprend Abdel.
" Et attention, pour l'honneur, on est prêt à payer le prix ! Et ici, tu vois, y a aucun traître, personne n'a peur ! " souligne Saïd.
" Et les filles ? "
Ils s'esclaffent.
" Les filles, elles restent en dehors ! On les protège ! Bien sûr, des fois, y a des blâmes, des sortes de dommages collatéraux ! Mais c'est rare ! " souligne Antoine. " Avec nous, elles savent qu'elles sont tranquilles ! " reprend Abdel.
" Et l'ordre ? "
" Mais y a de l'ordre ici ! Regardez ! vous êtes là avec nous, on discute entre adultes et personne vous noise ou vous branche ! " nous dit Momo.
" Mais on a besoin de personne ! Ni des keufs, ni des biffins en robe ! ( les juges NDLR) ! C'est rien que des bouffons ! Nous, on a notre code. Personne ne fera la loi ici ! " explique-t-il.
" Le code, la loi, c'est nous et personne d'autre ! La justice, on se la rend, tout seul ! Pas besoin de tout leur bordel ! Et les peines qu'on donnent, elles nous conviennent ! D'abord, c'est plus sec et plus rapide. Pas besoin d'attendre ! On est efficace ! C'est du brut ! du cash ! Et c'est sans frais d'avocats ! " dit Momo en riant.
· Les prénoms ont été changés.
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