 |
mercredi 20 novembre 2002.
Hamid Bellahcem
Mis en ligne le 25 novembre
• Imprimer l'article
• Envoyer l'article


|
|
La cour n'a pas été convaincue.
Les nouveaux éléments apportés par la défense étaient les suivants :
d'une part, des expertises en écriture qui estimaient qu'il était impossible d'affirmer
que les incriptions en lettre de sang étaient faites de la main même de la victime et d'autre part, d'expertises génétiques
qui révélaient la présence sur une des portes de la cave d'un ADN masculin qui n'est pas celui d'Omar Raddad.
Le 17 octobre dernier, Laurent Davenas, l'avocat général n'avait été convaincu par aucun de ses éléments.
Omar Raddad reste coupable.
La Chambre criminelle de la Cour de Cassation a suivi les réquisitions du parquet.
Dans un arrêt très détaillé, elle a démonté minutieusement chacun des cinq éléments avancés par la défense d'Omar Raddad notamment,
- un avis technique sur la date du meurtre, la Cour de révision a jugé que Ghislaine Marchal a bien été tuée le 23 juin 1991 et non
comme le soutenait maître Vergès le 24.
- les accusations portées contre le fils de la victime et contre sa femme de ménage sont infondées. Les magistrats les mettent hors
de cause.
- la thèse selon laquelle la porte de la cave -lieu où l'on a découvert le corps de Madame Marchall- avait été bloquée de l'extérieur
a été également démontée.
Les magistrats insistent sur le fait que les reconstitutions ont montré qu'il était impossible de mettre en place de l'extérieur,
le dispositif utilisé pour barricader la porte. La disposition du lit de camp, de la barre métallique et du chevron interdisent
d'accréditer la thèse de la "mise en scène" défendue par la défense.
"Toutes les tentatives effectuées par la défense pour démontrer que la mise en place du système de blocage était réalisable par
une personne quittant la cave, ont échoué", a noté la Cour.
Les magistrats ont aussi écarté les nouvelles expertises graphologiques réalisées par la défense sur les inscriptions "Omar m'a tuer"
estimant que cela «n'exclut pas que Ghislaine Marchal soit l'auteur des inscriptions incriminées mais estime qu'il est impossible de
l'affirmer ou de l'infirmer».
Enfin la Cour a estimé que si la découverte d'un ADN masculin, différent de celui d'Omar Raddad, sur les portes et
un chevron en bois "constitue un élément nouveau, il est impossible de déterminer à quel moment antérieur, concomitant
ou postérieur au meurtre ces traces ont été laissées". Toute recherche sur ce point serait "privée de pertinence" du fait que
les portes ont été manipulées par plusieurs personnes avant et après les faits, a ajouté la cour. Elle refuse sur cette base
les investigations supplémentaires suggérées par Me Vergès, qui demandait de faire "tester" les gendarmes, juges, greffiers,
journalistes qui les ont manipulées.
La Cour souligne aussi qu'un nouvel examen des portes a révélé la «présence de caractères évanouis» c'est à dire d'esquisses
de caractères invisibles à l'oeil nu, ce qui est «loin d'accréditer la thèse d'un scripteur autre que la victime (et est) propre
à établir que celle-ci était bien l'auteur des inscriptions» ajoutent encore les magistrats.
Pour la justice française, il n'y a aucun doute, Omar Radadd reste le seul coupable. Il ne sera pas rejugé, la cour estimant que
les nouveaux éléments présentés par la défense d'Omar Raddad n'étaient "pas de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité" et
qu'ils n'étaient pas inconnus de la juridiction au moment du procès.
Selon les éléments du dossier, le mobile du crime aurait été un différend financier entre Omar Raddad et sa patronne, qui aurait
refusé de lui avancer l'argent dont il avait besoin pour jouer au casino.
Malgré le rejet de sa demande en révision, Omar Raddad reste libre, cette décision n'annulant pas la grâce présidentielle.
Le combat continue
Maître Vergès qui se trouvait en Corse où il défend dans le dossier des paillotes, le préfet Bonnet a prévenu
que "La vérité se fera pour un petit jardinier contre des gens de la haute société, protégés par des gens extrêmement influents",
avant d'annoncer qu'il introduirait un recours devant la cour européenne des droits de l'Homme. Cette dernière peut rejeter
la demande, prononcer l'annulation de la condamnation et aussi ordonner un supplément d'information.
Omar Haddad s'est déclaré de nouveau victime d"une injustice.
Très déçu par la décision de la Cour il espère : "que la justice reviendra en arrière. Le combat continuera
jusqu'au bout pour la vérité. Pour moi, il n'y a pas de justice pour tous en France, il y a une injustice.
C'est une justice à deux vitesses. Pour eux l'affaire est finie, pas pour moi. Le combat continue jusqu'au bout.
Je combattrai toute ma vie, la prochaine étape, c'est la Cour européenne. L'affaire Omar Raddad ne se terminera jamais.
Dans ma tête, je ne suis pas libre. La liberté, c'est la vérité" a-t-il déclaré aux journalistes.
Christian Veilleux, le fils de Madame Marchal versait des larmes de joie :
"Pour moi cet arrêt est la reconnaissance de l'immense courage qu'a eu ma mère dans ses derniers instants", a-t-il déclaré.
De son côté, Me Georges Kiejman, l'avocat de la famille se disait très satisfait :
"Je suis content que finalement, le dernier mot revienne aux juges. Depuis plusieurs années beaucoup a été fait pour
manipuler les médias. J'espère que ceux qui ont contribué à propager des affabulations feront l'effort d'information nécessaire.
J'espère aussi que compte tenu de la clarté de la décision rendue toutes les prétentions et affabulations qui ont été accumulées
par les défenseurs qu'ils soient avocats, écrivains, journalistes, voire académiciens seront définitivement oubliées" a-t-il souligné.
L'avocat s'est réjouit également de la décision concernant le fils de Madame Marchal pour qui "un certain cauchemar
prend fin et où il peut entreprendre un travail de deuil car non seulement il a été mis en cause dans des conditions
inacceptables mais en outre dans l'impossibilité de trouver la moindre sérénité en raison de cette
remise en cause incessante" déplore maître Kiejman.
Cette décision intervient après plusieurs années d'agitation médiatique pour tenter de démontrer l'innocence d'Omar Raddad.
Le tapage incontrôlé fait autour de cette affaire, les rebondissements auront finalement desservi le dossier du marocain.
Rappelons les contre-enquêtes et les déclarations successives faites par les deux détectives privés engagés pour prouver
l'innocence d'Omar et qui se livraient une guerre de concurrence sans merci, en multipliant des révélations largement
relayées par les journalistes et qui se sont toutes avérées être de fausses pistes.
Ainsi, l'invention d'un "deuxième Omar" existant dans l'entourage de la victime est apparu quelques mois après le procès.
Maître Vergès s'engouffre dans la brêche ouverte et s'élève contre ce qu'il nomme, une enquête baclée. Mais la piste s'avèrera farfelue.
Au même moment, une voisine de la victime se souvient d'une camionnette avec des tâches de sang qui ne seront que des tâches de peinture.
Puis, vient le témoignage d'un ancien prisonnier qui prétend qu'un de ses co-détenus lui aurait avoué en prison, être
l'auteur du meurtre. Maître Vergès fait alors état d'autres témoignages indirects confirmant cette version. Une enquête
le mettra définitivement hors de cause.
"La lutte mercenaire" comme le dira l'avocat général, à laquelle se livrent les deux détectives n'épargnent personne
et ils accumulent les fausses découvertes comme celle de la prétendue arme du crime, en l'occurence un couteau apporté
aux gendarmes et qui ne sera pas plus vrai que le reste.
Un des détectives fouille dans le passé de la femme de chambre et l'accuse. L'enquête, la mettra hors de cause.
Le deuxième va trouver lui aussi, un autre coupable. Il livre des révélations qui accusent ouvertement le fils
de madame Marchal, Christian Veilleux. Ce privé sera condamné pour ce qui s'avère n'être qu'une conviction personnelle
non étayée de preuves.
Aujourd'hui, le dossier contient une nouvelle révélation, un véritable "rebondissement" : un témoin affirme avoir conduit
deux membres de la secte du temple solaire au domicile de Madame Marchal, le lundi 24 juin.
Cette affaire a ému jusqu'aux autorités marocaines. Le roi Hassan II était intervenu auprès du Président Jacques Chirac
pour qu'il lui accorde sa grâce.
Sans compter le soutien apporté par l'académicien, Jean-Marie Rouart qui a également pris fait et cause pour Omar à tel
point que ce dernier a été reçu au sein de l'Académie Française.
Face à ce déchaînement tapageux, la famille de la victime a préféré la discrétion se livrant rarement aux médias.
Mais il est vrai que maître Kiejman n'est pas maître Vergès.
|
 |