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Procès
Omar Raddad: Les arguments de la défense :

Maître Jacques Vergès a relevé cinq arguments principaux susceptibles de jeter un doute sur la culpabilité du jeune jardinier. Ils sont les suivants : Les lacunes de l'enquête, le jour et l'heure du crime, les expertises graphologiques, les traces d'ADN, la porte barricadée.




vendredi 22 novembre

Hamid Bellahcem

Mis en ligne le 25 novembre


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Maître Vergès conteste le jour et l'heure du crime en se basant sur une erreur découverte dans le rapport des médecins légistes. Une erreur selon, lui bien "suspecte".

 

LES LACUNES DE L'ENQUÊTE

Menée par les gendarmes, cette dernière a été vivement critiquée par tous ceux qui plaident pour l'innocence d'Omar Raddad. Pour eux, le coupable étant tout désigné, elle a été baclée. Ainsi, ils notent plusieurs lacunes :
- une seule autopsie de la victime qui a été incinérée quatre jours après la découverte du corps. Pour Maître Vergès, la victime a été incinérée dans la précipitation sans qu'il soit vérifié si la largeur de ses doigts était compatible avec les inscriptions relevées. Pour Maître Kiejman, l'avocat de la famille Marchal, de toute façon "cela n'aurait servi à rien de mesurer la largeur des doigts", car en fonction de la pression exercée, cette largeur peut varier.
Maître Vergès souligne que le juge d'instruction autorise l'incinération du corps avant que le rapport d'autopsie ne lui soit encore parvenu et sans savoir si d'autres investigations pouvaient s'avérer nécessaires. De fait, personne n'a pensé à relever les empreintes digitales de madame Marchal pour s'assurer qu'elle était bien l'auteur du message sanglant accusant Omar.
Maître Vergès note également que les gendarmes oublient de poser les scellés sur les lieux du crime. Par contre, ils détruiront une pellicule photo découverte dans la villa de la victime. Pour ces derniers, cette dernière était sans intéret pour l'enquête.
- Le sang de la victime est mal conservé et lorsqu'il arrive au laboratoire, il est à moitié putréfié.

LE JOUR ET L'HEURE DU CRIME

Maître Vergès conteste le jour et l'heure du crime en se basant sur une erreur découverte dans le rapport des médecins légistes. Une erreur selon, lui bien "suspecte". Lors de leur premier rapport, les légistes situent le décès de Mme Marchal, entre 11H30 et 14H, le 24 juin 1991. Quelques semaines après, ils écrivent au magistrat chargé de l'instruction, pour lui signaler une « faute de frappe » dans le dit rapport : au lieu et place du 24, il faut lire le 23 juin. Pour Maître Vergès, il ne s'agit nullement d'une erreur et ce dernier a une autre version : le 24 juin, Omar a un alibi, il se trouve à une centaine de kilomètres de la villa de Madame Marchal, ce qui n'est pas le cas le 23 juin. Pour l'avocat, les enquêteurs veulent faire coïncider à tout prix, la date et l'heure du crime avec le jour où le marocain n'a aucun alibi. Il décide alors de faire nommer un autre expert. Bien évidemment, ce dernier ne pourra examiner le corps puisqu'il est incinéré depuis longtemps. Alors, il va travailler d'après le rapport déposé par les premiers légistes et il conclut en raison de l'opacité de la rétine et de la lividité cadavérique à une mort qui serait intervenue le 24 juin. Les nouveaux experts désignés par la commission de révision rejetteront cette analyse. Ils feront remonter le décès au 23 juin entre 8 heures et 20 heures. En fait, cette date du 23 juin est corroborée par d'autres éléments apportés au cours de l'enquête. Madame Marchal ne donnera plus signe de vie à partir de ce jour.

Plus précisément, l'heure de la mort de Madame Marchal a été fixée entre 11h30 et 14h00. Ce jour là, elle téléphone à une amie à 11H30 mais dès 14 heures, elle ne répond plus au téléphone. Cette femme réputée très ponctuelle était invitée pour déjeûner chez des amis. Elle devait quitter son domicile à 13 heures. Madame Marchal ne s'y est jamais rendue. Ses amis inquiets lui téléphonent mais leurs appels restent sans réponse. En outre, lorsque le corps sans vie de la victime est découvert, il est revêtu d'un peignoir ce qui prouve selon Maître Kiejman qu'elle a été surprise au moment où elle mettait en route le nettoyage de sa piscine et qu'elle ne s'était pas encore préparée pour se rendre chez ses hôtes. Ce qui prouverait que sa mort remonterait avant 13 heures, moment présumé de son départ.

"OMAR M'A TUER"

Les messages en lettres de sang, ont-ils été écrits par la victime ou par un tiers qui voulait faire endosser ce meurtre par le jardinier? Les experts se refusent aujourd'hui, à trancher cette question. Les dernières graphologues nommées par la commission de révision appliqueront une méthode bien différente des précédantes. Dans les conclusions remisent aux magistrats, elles refusent de comparer une écriture faite par une personne écrivant assise devant une table et des " écrits faits au doigt avec du sang sur un support vertical" en l'occurence une porte. Les deux experts précisent par ailleurs, que les expériences faites dans les mêmes conditions et sur une quinzaine de personnes font ressortir qu'il « existe de très grandes variations de formes pour un même caractère tracé en lettres de sang réalisé par un même scripteur ». En conclusion, soulignent-elles « il n'est pas possible d'attribuer les inscriptions sur les portes à leur(s) auteur(s). » Ces conclusions font le bonheur de Maître Vergès mais aussi paradoxalement de la partie adverse. En effet, selon les deux experts, les messages ont été tracés par un doigt de la main droite possédant des ongles courts. L'écriture est mal assurée, les caractères sont « saccadés, mal formés, chaotiques ». L'empreinte de la main gauche retrouvée sur l'une des portes, sous l'inscription « Omar m'a t », montre un « médius court par rapport à l'index ». Or, martèle Maître Kiejman, « Mme Marchal est droitière. Elle porte des ongles courts. Sa main droite est couverte de sang. Quand elle écrit ces messages, elle est à l'agonie, d'où les caractères "mal formés". Sa main gauche est mutilée à cause d'une fracture de la main faite par l'agresseur. » En résumé tout concorde et ces nouvelles expertises selon l'avocat de la famille « n'excluent pas que Ghislaine Marchal puisse être le scripteur, bien au contraire ».

L'ADN

Des traces d'un ADN masculin, n'appartenant pas à Omar Raddad, ont été retrouvées sur les portes. Elles sont mêlées au sang de la victime. Reste que les experts ne peuvent déterminer à qui appartient précisément cet ADN ni depuis quand il a été déposé : ce peut-être avant mais aussi après le crime. Ces portes ont été énormément manipulées. Mais pour maître Vergès, "C'est la preuve de l'innocence d'Omar Raddad". Pour Me Kiejman, ce fait ne constitue pas une preuve au motif que : « Rien ne garantit que l'ADN masculin, extrait de ces prélèvements ait été présent au moment du crime. Les deux portes et le chevron ont été manipulés lorsque les gendarmes ont pénétré sur les lieux, puis par de nombreuses personnes au cours de l'enquête et du procès, sans le moindre souci d'éviter les contaminations d'ADN. L'hypothèse la moins probable serait que ces traces d'ADN proviennent de l'assassin de Ghislaine Marchal".

LA PORTE BARRICADEE

Question très importante consistant à savoir si la porte a été barricadée de l'intérieur ou de l'extérieur ? Pour la commission de révision, il est acquis qu'elle a été fermée de l'intérieur, par la victime, elle-même. Pour la défense, ce fait n'est pas certain et le doute subsiste. "Les médecins ont prouvé que Mme Marchal avait la force de la barricader", rappelle Me Kiejman. Le « mystère » de la porte bloquée est une donnée fondamentale de l'« énigme ». En effet, la cave où a été découvert le corps de Mme Marchal était fermée à clé de l'extérieur mais surtout bloquée de l'intérieur. Les gendarmes, lorsqu'ils sont arrivés sur place ont du la forcer. Le dispositif mis en place pour bloquer la porte était le suivant :
une barre métallique glissée sous la porte et un lit pliant renversé sur cette même porte. Selon les expertises successives, ce dispositif de sécurité n'a pu être mis en place que de l'intérieur donc par madame Marchal sans doute pour empêcher son agresseur de revenir. Si Omar est innocent, il faut en déduire que tout ceci n'est qu'une mise en scène machiavélique. Pour cela, il aurait fallu en premier lieu que le véritable "meurtrier" pour dénoncer Omar sache qu'il ne posséderait pas d'alibi ce jour-là. Il aurait donc fallu qu'il connaisse l'emploi du temps du jardinier et qu'il ait eu connaissance du changement de dernier moment intervenu dans son emploi du temps. Exceptionnellement, il travaillait à proximité, ce dimanche au lieu de déjeuner en famille comme il était initialement prévu. Admettons que tel fut le cas, le véritable assassin commet son crime, il prend les doigts de madame Marchal les trempent dans le sang pour y tracer par deux fois des inscriptions condamnant le jardinier. Ensuite, il sort et bloque la porte de l'extérieur avec un dispositif qui permettra de penser que c'est la victime apeurée qui s'est barricadée. Puis, il met un tour de clé. Les défenseurs d'Omar ont tout tenté pour démontrer que ce scénario diabolique était possible. Jusqu'à présent, toutes les reconstitutions ont montré qu'il était impossible de mettre en place un tel dispositif de l'extérieur. Le seul scénario envisageable serait que l'assassin dans le cas où il ne s'agirait pas d'Omar après avoir tué sa victime fait écrire les messages accusateurs avec la main de madame Marchal. Une fois fait, il sort de la cave et met un tour de clé. Madame Marchal terrorisée à l'idée qu'il ne revienne se barricade et bloque la porte.

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